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– Nous n'avons rien à faire de ce qui se passe dans d'autres pays,
ce n'est pas notre affaire. Nous avons assez de nos propres problèmes! Voilà quelques points
de vue qui ont réuni les membres du
Théâtre Uno. On pourrait dire que l'existence de ce genre
de propos est une des pierres angulaires de notre activité; tout
simplement une de nos raisons d'être. C'était en 1977 et nous avions eu le temps de renconter pas mal
d'amis nostalgiques - du Chili, d'Uruguay, d'Argentine...
Le théâtre scolaire sur place pour les jeunes Suédois, qui est notre principale tâche depuis une bonne dizaine d'années, tient assez du match de football. Nous ne jouons jamais sur notre terrain. L'ennui, c'est que nous avons souvent deux ou trois buts de retard dès le début; quelquefois c'est encore pire, d'autres fois on aboutit logiquement â un match nul, ce que nous enregistrons avec joie. Ils'agit d'arriver au moins à faire match nul avant la mitemps, et autant que possible d'avoir pris nettement l'avantage. Un chapitre
de "La signification du masochisme dans le théâtre
suédois pour les jeunes"? Non, pas du tout. Imaginez
la satisfaction que peut donner une victoire arrachée sur
le terrain de l'adversaire, par rapport à un triomphe acquis
d'avance chez soi! Quand parfois les applaudissements et les commentaires encourageants sont parcimonieux, comme le jour où les Cubains étaient avec nous, on enregistre malgré tout des réactions, mais différentes, à la manière des adolescents suédois - "Bien travaillé", dit quelqu'un, un autre dit merci à la dérobée dans le couloir, un troisième fait un signe de sympathie dans la file d'attente du restaurant. Eh oui, ils ont leur
manière - et leur coquille. Quelquefois la
coquille est devenue si dure - à force de regarder la télévision,
la vidéo, d'aller au cinéma et d`avoir des écouteurs
sur les oreilles - qu'ils ne réalisent même pas que nous
sommes vivants. Ils ont l'habitude de bavarder et de faire du bruit -
ça n'a jamais dérangé Clint Eastwood! Pour toucher ce public réputé difficfle mais tellement enrichissant, il s'agit aussi de choisir sa tactique avec soin. Celle que nous avons choisie (plus exactement: que nous avons acquise à force de travail pratique parmi les jeunes) est liée àcette forme de théâtre d'animation que nous pratiquons. Dans notre cas, elle consiste à prendre un contact personnel avec nos spectateurs avant la représentation, et à faire suivre la séance d'une discussion sur le théme de la pièce, en établissant des parallèles avec notre propre réalité, souvent au moyen d'un "théâtre de statues" dans l'esprit d'Augusto Boal. Le nombre de spectateurs nous semble maniable quand il se situe aux environs de 75 personnes, d'autant plus que nous jouons extrémement près du public. Et nous ne lui permettons pas toujours de rester passif. Nous chargeons les spectateurs d'incarner toutes sortes de choses, depuis un meuble jusqu'à un personnage désigné, selon la situation de la scéne que nous jouons. Cette participation du public à l'action - souvent très passagère - s'est révélée être ce que les jeunes apprécient le plus chez nous. Autre avantage: on se souvient mieux quand on a soi-méme participé. Quoi qu'il en soit de l'importance de la forme, une chose encore plus importante est que nous sommes au sens le plus strict du terme un ensemble théâtral libre. Nous ne sommes mandés par personne. Notre théâtre traite de ce que nous mêmes jugeons important de dire. Et s'il y a une chose que les adolescents décèlent, ce sont les adultes qui viennent faire des leçons de morale qui sonnent faux. Pour aimer ce que nous faisons, il faut qu'ils sentent chez nous un engagement profond et personnel. Nos thémes sont internationaux,
mais le public auquel nous nous adressons est au plus haut point suédois,
et notre objectif est entre autres de faire que l'on entende moins de
phrases comme celles qui
sont citées au début de cet article. |